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Le chat et l'oracle

(Fable sur la charité.)

 

 

Pito, le chat, dans son état piteux
Sous le chapiteau, glissa tête et queue.
Las d’user ses coussinets
Sur les routes et les galets,
Chassé des hommes, sans espoir,
Pour sa robe, couleur du soir.

 

Auprès du peuple sans attaches,
Pito rêva d’une vie sans lâches.
Rejoindre ses lointains cousins,
Trouver vers eux un nouveau destin,
Ainsi le chat, vers le lion s’approcha
Et sans peur lui demanda :

 

« Noble roi et souverain de la brousse,
Je vous présente mes hommages.
Je cherche une couche un peu plus douce,
Assez pour satisfaire mon âge.

 

- Hors de ma vue, misérable félin.
Je n’ai que faire de ton destin.
Je suis le roi des animaux,
Et c’est mon royaume, le chapiteau ! »
Pito, dépité, ne perdit pas sa langue
« Pour un roi prisonnier, il me semble.
Sur tête royale, couronne tremble
Et les coups de fouet font que pattes tanguent. »

 

Moqueur, le chat Pito
S’en va plus loin, voir altesse tigre.
Sans bruit, sous le chapiteau,
Le tigre majestueux, regarde vivre
Son monde, en rêvant d’un nouveau Bengale,
Quand Pito approcha sa timbale.

 

« As-tu, mon noble cousin,
Sans déranger ta rêverie,
Un conseil pour mon destin ? »
Le maître de l’Inde fût surpris :
« Tu troubles mon repos !
Comment veux-tu que je t’aide ?
- En m’accordant de ton temps, dit Pito,
Et pour ta liberté, si tu veux, je plaide. »

 

Hilare, le tigre se roule dans la poussière
Laissant le chat, assis sur son derrière.
« Un chat qui se prend pour un seigneur ! »
Clame entre 2 rires, le grand félin.
« Quitte ce lieu, ou tu gouteras ma fureur,
À moins que je ne fasse de toi mon festin ! »

 

Pito, encore plus dépité,
Vers la sortie, pense aller,
Quand une main bienveillante,
Sur son dos, s’attarda.
Celle d’ici, que l’on appelle la voyante,
Prit Pito dans ses bras.

 

« Tu es mon cadeau du ciel, joli matou ébène.
Je t’attendais et seule, j’étais en peine. »
Pito n’en demande pas moins.
Il vient de croiser son destin.
La belle oracle, par un choix, était tourmentée.
Le cirque, de 2 animaux, devait se séparer,
Non pour les tuer, mais pour leur rendre liberté
Et par sa voix, le sort en serait jeté.

 

« Viens avec moi, mon ami.
Tu me guideras vers mon choix.
Je saurai ainsi,
Qui liberté gagnera. »
L’oracle et le chat,
Devant chaque animal s’arrêtèrent,
Et devant la cage du lion, se figèrent
Car à la vue de Pito, rugit le roi.
Puis vint le tour du tigre,
Qui, voyant le chat sur son passage,
Se mit à rire, à faire vibrer sa cage.
« Je crois savoir, qui maintenant émigre,
Pour retrouver son état sauvage. »
En déduit l’oracle sage,
Car l’un devient fou
Et l’autre hurle de courroux.

 

Pito, le chat,
Sous le chapiteau
trouva sa place.
Près de l’oracle gagna son cœur,
Et auprès des autres animaux,
Devint un nouveau seigneur,
Avec bonté et avec grâce.

 

Il faut parfois être chaviré
Pour souvent devenir charité.