Me suivre sur

Visiteurs

Le coq et le pigeon

(Fable sur l’humilité.)

 

 

Bienheureux, un coq au plumage écarlate et doré,
Dans la cour du château, sur ses ergots restait planté,
Sous la pluie ou le vent, ne cessait de chanter
Pour flatter les nobles autant que les autres gallinacés.

Malheureux, le pigeon voyageur,
Dépourvu de noblesse et de couleur,
Réjouit toutefois la basse-cour,
En partageant ses récits du "aller et retour".

 

Curieux de voir autant d’intérêt de la part de sa cour
Pour ce frêle oiseau au plumage si court,
Noble coq, fier et paradant,
Traversa la cour, toujours en chantant.

 

« Que fais-tu ici messager » Demanda le roi ?
Tu n’as ni fierté ni honneur, et pourtant toute la cour te voit.
- Je n’ai pas, il est vrai, une noble mission,
Comme celles des coqs et des lions.
Et je m’incline devant vous
pour votre grandeur et votre courroux,
Qui, autant que votre chant
Font fuir la poule et le faisan.

 

Le coq, toujours pédant
Intima à l’oiseau imprudent
De quitter sa demeure
Sans faire-part ni faveur.
Courageux je ne suis, répliqua le pigeon,
Mais donner la missive est ma mission.

 

Sur ces mots sans appel,
Maitre coq rejoignit sa chapelle,
Tandis que volage pigeon s’envola dans les cieux,
En attente d’une lettre, au contenu précieux.

 

En ces temps de guerre,
De ces moments éphémères,
La venue des alliés
Avec bonheur était espérée.

C’est ainsi que l’oiseau voyageur,
Sans détours et sans peur,
Prit son envol vers les amis des renforts,
Portant à sa bague précieuse, l’aval seigneurial de Père et Aïeux,
Invitant nobles et gueux
À rejoindre les contreforts,
Domaines surs, garants des victoires
Des batailles, tant dans le cœur que dans l’âme mystérieuse,
Nourrissant les soldats d’un nouvel espoir
D’enfin se repaitre d’une viande délicieuse.

 

Le pigeon revint sans fanfare, dans sa tour.
Traversant nuit et brouillard,
Au petit matin, joyeux et redoré, il revint à la cour.
Point de chant et de coq,
Juste une cour en désespoir.
Qu’est donc devenu maitre coq ?
Demanda l’humble pigeon.
Je ne vois ici que de simples oisillons
Ni poularde familière
Rien que plumes sur litière.

 

À trop chanter,
L’on se fait remarquer.
La rançon de l’orgueil
Se paie dans le besoin de l’autre
Quand l’apparat est le seuil
Et la vanité, sa raison,
Ce que comprit l’humble pigeon,
En restant dans l’ombre de l’autre.

 

Simple messager,
Ni reconnu, ni adoré,
Mais jamais ne s’est fait plumer.
Le pigeon n’est pas toujours celui qu’on croit.
L’humilité restera toujours roi.

 

Au pays des émotions,
Il vaut mieux rester pigeon.