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Le vieil homme et le corbeau
(et le renard)

(Fable sur la justice.)

Un vieux corbeau aux plumes clairsemées
Aux abords d’un village s’était posé,
Chassé par ses congénères
Pour son mauvais caractère,
Se prit à observer ces pauvres hommes,
Se battant pour une terre ou une pomme.
Fort de ce constat
Et de ce postulat,
Le corbeau, tel un vil volatil,
Se prit à espérer
De profiter de leurs jeux futiles
En se montrant à leur bénitier.
Car si les hommes sont bien orgueilleux,
Ils sont tout aussi peureux.
Un maître chanteur perché sur un bénitier
N’est jamais signe de prospérité.
Ainsi les croyances servent les hommes,
et leurs prières sous les dogmes
Confortent leur raison
plus que les malédictions.
Un pauvre villageois
Aimant et travailleur,
regardait cet oiseau de malheur,
Et pria de toute sa foi.
Fallait-t-il lui faire offrande en plus de ses prières
Car son enfant se mourait dans sa chaumière ?
Ainsi pensa le vieux
Pour ne pas froisser son dieu.
Il offrit à l’oiseau son dernier repas
Pour qu’il n’y ait pas de trépas.
Le corbeau, sans état d’âme, prit sa galette dans son bec.
Pleurant la seule fille qui restait
Maudissant l’avide bec,
Le vieil homme pleurait,
Pendant que dans la forêt, l’oiseau se rendait,
Et sur une branche se perchait.
Maître goupil se prit à flatter cet oiseau déplumé
Pour son festin lui voler.
Maître corbeau, dépité,
Au village est retourné.
Et quelle fût sa surprise
Quand il vit, au clocher de l’église,
Une nuée de colombes blanches,
Qui, d’un coup d’ailes franches,
Chassèrent l’opportuniste et le voleur.
Du ciel vint la justice pour chaque manipulateur.
Goupil, fier de son exploit,
ne vit pas le piège sur sa route.
Le vol des colombes troubla son attention et le déroute,
Et le malin, dans sa fuite,
Perdit sa proie.
Toute justice ne vient pas de suite,
Elle suit le chemin de la foi.
Invisible, elle reste parfois.
Les règles et les lois sont les affaires des humains,
La justice est l’affaire du divin.